Archive pour 2.11.2008

La fracture de fatigue

Lu dans “L’équipe” du 18 octobre 2008 : “Le finlandais Kalle Palander (14 victoires en coupe du monde) accumule décidément les pépins. Après avoir écourté sa saison 2007-2008 suite à une fracture de fatigue à la jambe droite, le finlandais a déjà tiré un trait sur l’hiver, qui commence le 26 octobre à Sölden. Le technicien (notamment champion du monde de slalom en 1999), qui était lourdement tombé à Ushuaia le mois dernier, a en effet dû stopper son entraînement sur le glacier de Sölden suite à des douleurs devenues insupportables et s’est résolu à se faire re-opérer du tibia droit, jeudi en Finlande […]

palander

Si l’on surfe sur les différents forums, on trouve beaucoup de questions sur les fractures de fatigue ainsi que les périostites qui ont des signes cliniques très semblables. Dans la fracture de fatigue, la douleur à la palpation sera plutôt circonférentielle sur le tibia, alors que dans le cas de périostite, la douleur sera souvent reproduite par les tests isométriques du jambier postérieur (ou tibial postérieur) et des fléchisseurs. Lors du test isométrique, on demande au patient de contracter le muscle testé alors que le praticien bloque le mouvement. Par exemple, lors du test du jambier postérieur, vous devez amenez le pied en flexion plantaire ainsi que vers l’intérieur (le jambier postérieur a une action d’adducteur et rotateur interne du pied).

La fracture de fatigue et la périostite sont deux entités distinctes : seule l’IRM pourra les distinguer. En effet, bien que survenant dans le même contexte sportif, dans le cas de la périostite, c’est un phénomène de traction des fibres musculaires qui tirent sur les insertions sur la couche superficielle du périoste la dissociant des couches profondes. Alors que dans le cas des fractures, il s’agit plutôt de contraintes répétitives.

Dans les deux cas, le repos est indispensable : 3 mois minimum pour les fractures, un peu moins (6 à 8 semaines) pour les périostites. Pour les fractures, il peut même y avoir une mise en décharge du membre inférieur ainsi qu’une immobilisation. La rééducation des périostites est importante afin d’étirer les muscles coupables. Enfin, reprise du sport très progressive en surveillant les appuis et les douleurs séquellaires qui pourraient survenir. Le port de semelles adaptées est également très utile.

Lésion myofasciale ?

Des nouvelles d’un de mes joueurs préférés (également de ma femme et ma fille!) : Grégory Coupet. J’ai lu dans “L’équipe” du 25 octobre 2008 que “L’ancien lyonnais ne sera pas du déplacement demain à Villarreal, le troisième du championnat. Le gardien souffre toujours d’une lésion myofasciale.

COUPET

Je n’étais pas trop avancé sur la nature de la pathologie qui empêchait Greg de jouer; en tapant “lésion myofasciale” sur le moteur de recherche de Google, je me suis aperçu que sur les 10 premières réponses de la première page, 7 concernaient la blessure de Coupet (pas plus précises), les 3 autres ne m’avançant guère dans ma recherche.

Est-ce que Grégory Coupet souffre d’une maladie rare ou orpheline et qu’il soit le seul au monde à en souffrir ?

A priori, la localisation serait au niveau de la cuisse, “myo” concernant le muscle, “fascia” la gaine de tissu conjonctif qui entoure le muscle. On retrouve souvent cette pathologie au niveau tibial dans le syndrome des loges chez les sportifs, due au surentraînement. Le développement de la masse musculaire engainée dans le fascia inextensible, augmentant la pression intramusculaire et provoquant une douleur de type “point gâchette”. Je vous renvoie à un article très intéressant sur les lombalgies du sportif écrit par Mehmet Tuncay DURUÖZ et Serge POIRAUDEAU paru dans la Revue du rhumatisme [SuppL Pédagogique] en 1998 :
[…] Le syndrome myofascial est un syndrome douloureux qui provient d’un muscle et en particulier de façon très caractéristique d’un point gâchette.
L’origine du point gâchette serait attribuable à une activité physique mettant en tension de façon spécifique un muscle soit par étirement brusque soit par une situation de surmenage par contractions répétées excessives ou par maintien du muscle en position raccourcie prolongée. La pression du point gâchette provoque une douleur sourde et profonde ainsi qu’une irradiation propre à chaque muscle atteint.

Des critères de diagnostic ont été proposés pour ce syndrome. Les 5 critères majeurs associent:
une douleur régionale;
une sensibilité altérée dans le territoire de la douleur référée du point gâchette;
la présence d’une bande tendue palpable dans le muscle;
un point de douleur exquise le long de la bande tendue;
un certain degré de limitation de l’amplitude articulaire.

Il existe également trois critères mineurs :
la reproduction de la douleur connue du patient par la pression directe du point douloureux;
la provocation d’une réponse locale par la palpation transverse du point douloureux ou lors de l’insertion d’une aiguille dans le point gâchette;
le soulagement de la douleur par l’étirement du muscle ou par l’injection, avec un produit anesthésique, du point gâchette.

Plusieurs syndromes myofasciaux ont été décrits notamment celui du carré des lombes, de l’iliocostal et du petit fessier. La prise en charge thérapeutique de ces syndromes myofasciaux associe le repos sportif, l’étirement des muscles impliqués et l’injection des points sonnettes par un anesthésique local […]

A la lecture de cet article, me voilà rassuré; cette pathologie n’est due qu’à un surentraînement sportif et le traitement passera forcément par le repos et l’arrêt de la musculation. Et surtout, étirez-vous! On ne dira pas assez les bienfaits des étirements (Mézières, stretching ou autre) sur le corps.

Dans l’article qui suit, je vous parle des fractures de fatigue et des périostites qui sont elles aussi une résultante du surentraînement.

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